entretien compris

Interview de l’artiste Shuck One

Vivre libre ou mourir, synergie des arts et de la mémoire de la traite de l’esclavage 

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Shuck One, abstract painting, work in progress, exhibition Empower Graffiti, Shangai, China, 2018, photography ©Guillaume Dimanche

Cher tout le monde, femmes, hommes et tant d’autres, Shuck One est un des artistes de l’exposition Éclats d’Îles vol. 2 qui s’est déroulée, du 11 au 23 octobre, à la galerie 24 Beaubourg. Cette expo fait partie d’un cycle d’expositions présentant l’art contemporain de la région Guadeloupe. La marraine est la lauréate du prix Nobel alternatif de littérature 2018, Maryse Condé et la commissaire d’exposition Florence Alexis. C’est dans la galerie 24 Beaubourg que j’ai eu la chance de rencontrer Shuck One et de recueillir ses propos. L’artiste, né à Pointe-à-Pitre, appartient à la première génération de graffeurs parisiens. Son imaginaire, animé par le souci profond de la dignité humaine, fait œuvre d’abstraction d’une manière tout à fait singulière.   

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Vivre Libre ou Mourir, sac du Mémorial ACTe I & II, vinyl connecté pour la mémoire de l’esclavage, dans la galerie 24 Beaubourg, lors de l’expo Éclats d’Îles, vol. 2, le 21 octobre 2018

Les vagabonds sans trêves : Comme je suis née en Haïti, les mots Vivre libre ou mourir repris sur les sacs du vinyle connecté, m’ont émue. Pourriez-vous expliquer ce qu’il en est de cette projet créatif ?

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Shuck One, Errance Identitaire, 2017, technique mixtes sur carton, exposition Éclats d’Îles vol 2, galerie 24 Beaubourg, octobre 2018

Shuck One : Vivre libre ou mourir est la fameuse phrase de Louis Delgrès, Joseph Ignace, Solitude, Massoteau et leurs compagnons, lors de la guerre d’insurrection contre le rétablissement de l’esclavage qui se déroule, en Guadeloupe, entre 2 octobre 1801 et mai 1802. Un rétablissement de l’esclavage voulu par Napoléon Bonaparte dont on fait tant l’apologie en France depuis des années ! Et en Guadeloupe, Delgrès, Massoteau, Solitude, Ignace et l’armée des insurgés ont refusé qu’après la Révolution de 1789, dans le pays des droits de l’homme et des « Lumières » permettant de s’affranchir, ces Lumières s’éteignent par un tel acte.

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Vivre Libre ou Mourir, visuel du sac du Mémorial ACTe I & II, vinyl connecté pour la mémoire de la traite, Label Unicum Music, unicum.bandcamp.com

Lors de la création du Mémorial ACTe, dont l’inauguration a eu lieu en mai 2015, j’ai créé l’installation principale de la collection permanente : L’Histoire en marche qui évoque cette épopée guadeloupéenne (voir les photos ici). Ensuite j’ai laissé l’œuvre vivre avec le peuple, avec les différents visiteurs, avec, je dirais, les énergies du monde, toutes ces personnes venue des quatre coins de la planète qui disait qu’une des œuvres qui les avait marqué était L’Histoire en Marche, l’impact, la bataille en Guadeloupe pour la liberté… Parce que Delgrès, Massoteau, Solitude, Ignace et l’armée des insurgés se sont battus pour notre liberté à nous, notre droit d’expression, notre humanité, notre dignité, notre considération qui encore n’est pas prise au sérieux par la France.

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Shuck One, abstract painting, work in progress, exhibition Empower Graffiti, Shangai, China, 2018, photography ©Guillaume Dimanche

La France est oublieuse de cet héritage. Et nommer votre projet Vivre libre ou mourir, c’est donc réaffirmer sa dimension capitale. Essentielle dans l’histoire de l’humanité !
Oui ! Et nous sommes en train de faire un travail avec notre nouvelle génération. Nous allons monter au créneau, afin que la France reconnaisse certaines réalités et les inscrive dans les livres d’histoire. Et, sûr, on ne va pas lâcher. Nous n’allons rien lâcher ! Nous n’avons aucune arme de violence.

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Shuck One, Rapprochement, 2017, techniques mixtes sur carton, exposition Éclats d’Îles vol 2, galerie 24 Beaubourg, octobre 2018

Notre seule force, c’est notre mémoire, c’est notre cerveau et la connaissance, le partage et la transmission des valeurs humaines du monde entier. Donc les valeurs humaines universelles, comme le fameux Vivre libre ou mourir, ce cri universel de Delgrès, de ses compagnes et compagnons de lutte pour la dignité humaine.

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Shuck One, Émancipation 2014, acrylique & aérosol sur toile, exposition Éclats d’Îles vol 2, galerie 24 Beaubourg, octobre 2018

Voyez-vous, l’installation L’Histoire en Marche du Mémorial ACTe a eu un tel impact. Elle a touché tellement de personnes, suscité tant d’émotions dans les regards, dans les corps du monde entier, que j’ai voulu donner un sens, disons, art et transmission à ce projet avec la directrice du label Unicum Music Émilie Gonneau, le compositeur Maxime Lenik, le violoniste Yorrick Troman, ainsi que Mathieu Clavel, qui forment l’équipe de Vivre libre ou mourir, association déposée et plateforme internationale de communication, puisque nous avons des réseaux en Angleterre, aux États-Unis et un peu partout…

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Couverture de Mémorial ACTe I & II, vinyl connecté pour la mémoire de la traite, Label Unicum Music, unicum.bandcamp.com

Le 8 juin dernier, le lancement du vinyle connecté Mémorial ACTe I & II s’est déroulé au siège de l’Unesco en présence de plus de 250 élèves et de 400 V.I.P. Cet événement intitulé Vivre Libre ou Mourir : témoignage, mémoire et transmission d’artistes autour de l’esclavage était un beau succès. Ensuite, le projet a retenu l’attention de Sana de Courcelles, la directrice de l’École d’Affaires publiques de Science Po. Émilie Gonneau, ma binôme, a donc été le présenter, le 18 septembre dernier, à Science Po. Sur 95 projets multimédias entre digital, art, histoire, transmission et numérique, le nôtre a été retenu parmi les cinq finalistes et surtout l’Institut a voulu qu’il fasse l’objet d’une explication directe au public.

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Shuck One, abstract painting, work in progress, exhibition Empower Graffiti, Shangai, China, 2018, photography ©Guillaume Dimanche

N’est-ce pas le signe d’un changement ?
Aujourd’hui, je constate que cette histoire est en train de pénétrer, je ne dis pas rentrer, mais pénétrer les institutions.

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Shuck One, Crépuscule des Maux, 2017, techniques mixtes sur carton, exposition Éclats d’Îles vol 2, galerie 24 Beaubourg, octobre 2018

Autrement dit, c’est la force naturelle des choses, comme les ouragans, dont la sagesse populaire raconte que c’est le cri des esclaves, pour nettoyer le peuple de leur bonté et nettoyer le sol. Maintenant que le projet Vivre libre ou mourir fait son chemin, la suite, tout l’équipe est prête pour la suite.

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Shuck One, Exaltation, 2017, techniques mixtes sur carton, exposition Éclats d’Îles vol 2, galerie 24 Beaubourg, octobre 2018

Et la suite, c’est archiver tous les documents, travailler avec les institutions dans notre pays et faire comprendre aux institutions de notre pays que pour parler de vivre ensemble, il va falloir que notre mémoire soit entendue et que notre culture afro-caribéenne soit inscrit dans les livres d’histoire et les manuels scolaire, des personnes, comme moi, se battront, montreront au créneau. En fin de compte, que dit-on à l’État français, les futures Delgrès, Ignace, Solitude, Massoteau et autres sont, à nouveau, là.

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Au mur : Shuck One, Trouble Night, techniques mixtes sur papier (acrylique, aérosol et marqueur), 2012. Avant-plan : François Piquet, Installation Equipaje Compartido Y Fabulas Nationales: Buen Provecho! (Bagage partagé et récits nationaux : bon appétit !), 2012, techniques mixtes, Exposition Eclats d’Îles vol 2, galerie 24Beaubourg, octobre 2018

Cher tout le monde, femmes, hommes et tant d’autres, je ne cesse de le dire et de le redire : sans réciprocité, il est impossible de faire société dignement, c’est-à-dire de créer un monde à hauteur de la richesse relationnelle de l’humain pour qui être en lien est une nécessité ontologique : exister, c’est toujours coexister ! Car pas de moi sans toi dont la présence soutient mon sentiment d’exister. Un sentiment d’exister, assurément, cultivé en vous vagabondant sur le site de Shuck One ici et celui du projet Vivre Libre ou Mourir ici, où vous pourrez écouter un extrait de l’extraordinaire composition musicale de Maxime Lennik. 

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