La migration des murs de James Noël

La poésie à l’épreuve des murs

James Noël, Ayiti la ! Les lettres haïtiennes en mouvement, manifestation organisée par Coopération Éducation Culture ong au Jardin botanique de Bruxelles, 8 juin 2017

Publié chez Galaade, dans la collection Auteur de vue, le recueil La migration des murs de James Noël est une œuvre protéiforme, sans point et sans fin comme le règne proliférant des constructions contre lesquelles butent le marcheur et celles tellement plus pérennes prisons de l’esprit.
Il faudrait un peu méditer sur les
murs des maisons, qui parfois sont
sans fenêtres ni portes de secours
Nulle vue qui ne donne sur l’humain
p. 18 Continuer la lecture de « La migration des murs de James Noël »

Toutes les femmes sont des aliens d’Olivia Rosenthal

Suivons les lumières de la plume ouvreuse

Cher tout le monde, femmes, hommes et tant d’autres, Toutes les femmes sont des aliens, est un le texte hybride d’Olivia Rosenthal, né d’un projet théâtral avec le collectif ildi ! eldi. Dans cet objet intriguant, la tétralogie Alien, Les Oiseaux d’Alfred Hitchcock, Bambi et Le Livre de la Jungle de Walt Disney sont les matériaux des va-et-vient entre le réel et l’imaginaire, le passé et le présent, la fiction intime et l’essai, l’émotion et la réflexion, le précis et le spectral… Continuer la lecture de « Toutes les femmes sont des aliens d’Olivia Rosenthal »

Retour sur The Price of The Ticket avec Karen Thorsen et Samuel Légitimus

James Baldwin, l’être-lien (2/2)

Retour au musée de l’Homme de Paris pour la seconde partie de l’article (première partie ici) sur la projection du film documentaire The Price of the Ticket, suivie d’une rencontre-débat – organisée par Ewané Nja Kwa du Collectif James Baldwin – avec la réalisatrice Karen Thorsen et l’acteur et metteur en scène Samuel Légitimus.

Marc Alexandre Oho Bambe, Karen Thorsen, Chantal Épée, Ewané Nja Kwa, Samuel Légitimus au musée de l’Homme, 3 juin 2017

Continuer la lecture de « Retour sur The Price of The Ticket avec Karen Thorsen et Samuel Légitimus »

Autour de The Price of the Ticket avec Karen Thorsen et Samuel Légitimus

James Baldwin, l’être-lien (1/2)

Cher tout le monde, femmes, hommes et tant d’autres, samedi 3 juin 2017, j’étais à Paris pour une séance de rattrapage, ayant raté, la projection au cinéma Galeries, au centre de Bruxelles, du documentaire de Karen Thorsen The Price of the Ticket.

Pascale Martine Tayou, Welcome hall, 2015, Tableaux lumineux et câblages, Musée de l’Homme de Paris

Continuer la lecture de « Autour de The Price of the Ticket avec Karen Thorsen et Samuel Légitimus »

La Sonate à Bridgetower d’Emmanuel Dongala

De l’apparition romanesque du dédicataire fantôme

Emmanuel Dongala au salon du livre de Paris, 25 mars 2017

Cher tout le monde, femmes, hommes et tant d’autres, sept ans après Photo de groupe au bord du fleuve, Emmanuel Dongola publie La Sonate à Bridgetower.

Dans les remerciements, à la fin du livre sous-titré Sonata mulattica (comme l’est la sonate), l’auteur, né d’une mère centrafricaine et d’un père congolais, écrit que ce roman est le fruit de plusieurs années de recherches.

Le résultat ? Une fresque tirant d’un long oubli un enfant prodige qui a ébloui les mélomanes, musiciens et compositeurs de son époque : Georges Polgreen Bridgetower (1780–1860), violoniste virtuose né, à Biala en Pologne, d’une mère Polonaise et d’un père noir de la Barbade.
Continuer la lecture de « La Sonate à Bridgetower d’Emmanuel Dongala »

Confessions d’une Sardine sans tête de Guy Alexandre Sounda

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le Gombo et le reste… sans jamais oser l’imaginer

Qui cherche à approcher la vérité d’une cellule familiale, doit interroger l’enfant ou le fou.

Dans la famille humaine, voici venir et inlassablement se souvenir le délirant Fabius Mortimer Bartoza, le héros du premier roman du dramaturge, poète et conteur Guy Alexandre Sounda.
Continuer la lecture de « Confessions d’une Sardine sans tête de Guy Alexandre Sounda »

Natasha Kanapé Fontaine : de l’affirmation innue à la réconciliation de tous

Incandescences poétiques de la voix debout

Mon peuple est un peuple de nuages
nous ne pelletons pas l’hiver
la neige nous élève en être insurgés
raquettes aux pieds, joues saillantes
miel de sapins sur les lèvres
Bleuets et abricots (p. 39)

Performance de Natasha Kanapé Fontaine, Sorbonne, bibliothèque Gaston Miron, 28 mars 2017

Continuer la lecture de « Natasha Kanapé Fontaine : de l’affirmation innue à la réconciliation de tous »

« Trois femmes, une rencontre », exposition de R. Silski, J. Devreux, C. Nicaise

Rachel Silski, Jacqueline Devreux, Christine Nicaise : l’entretien infiniment subtil

« Trois femmes, une rencontre » met à l’honneur des peintures, des photographies et des dessins de Rachel Silski, Jacqueline Devreux et Christine Nicaise.

Deux œuvres de Rachel Silski, exposition « Trois femmes, une rencontre », vernissage 10 mars 2017, Maison des Artistes d’Anderlecht

Continuer la lecture de « « Trois femmes, une rencontre », exposition de R. Silski, J. Devreux, C. Nicaise »

La soirée Afro Women’s Voice Talk ou le transport des talents

Un événement intense sous le signe de l’excellence noire

Afro Women’s Voices Talk s’est déroulé le 7 mars, la veille de la journée internationale des droits des femmes, au Muntpunt, à Bruxelles.

Cet événement inédit a mis à l’honneur un éventail de personnalités dont la trajectoire témoigne de l’empowerment des femmes noires, de leur capacité d’action, leur détermination face aux obstacles sur le terrain professionnel comme privé. Continuer la lecture de « La soirée Afro Women’s Voice Talk ou le transport des talents »

Les belles dynamiques de Mwanamke collectif afroféministe belge

Le brunch des Mwanamke ? à savourer sans modération !

L’an passé, dans le cadre de la journée internationale des femmes, j’ai présenté FAM, une ONG féministe regroupant des associations d’agricultrices de Maïssade.

source : Page Facebook Mwanamke collectif afroféministe belge

Cher tout le monde, femmes hommes et tant d’autres, j’ignorais que ce même 8 mars 2016, Mwanamke collectif afroféministe belge voyait le jour. Too bad d’avoir raté la soirée de lancement !

La créatrice et ambassadrice médiatique du collectif est Yvoire de Rosen.

Continuer la lecture de « Les belles dynamiques de Mwanamke collectif afroféministe belge »

Ouvrir la Voix, le film documentaire d’Amandine Gay

Je suis venue, j’ai vu et je voudrai revoir

Cher tout le monde, femmes hommes et tant d’autres, il y a deux mois, j’ai consacré un article au long métrage de la réalisatrice française Amandine Gay. Étant donné que je ne l’avais pas vu, il s’agissait d’exposer une démarche documentaire qui, depuis, déchaîne l’enthousiasme : les projections d’Ouvrir la voix en France, en Belgique, en Allemagne, en Suisse, en Italie, se font à guichet fermé et les articles se multiplient dans la blogosphère et les médias mainstream, comme le montre la page Facebook dédiée au film.
Continuer la lecture de « Ouvrir la Voix, le film documentaire d’Amandine Gay »

Le recueil Une pierre est tombée, un homme est passé par là de Faubert Bolivar

Faire vœu intime d’ombre et d’amour

David Allan, L'origine de la peinture, 1775, pintura.free.fr
David Allan, L’origine de la peinture, 1775, pintura.free.fr

Cher tout le monde, femmes, hommes et tant d’autres, l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien conte qu’à l’origine de la peinture, il y a l’amour de Callirrhoé, la fille de Butades, un potier de Sicyone ou de Corinthe. Éprise d’un jeune homme qui doit partir à l’étranger, Callirrhoé trace d’un trait de charbon le contour de la silhouette de l’amant qu’une lampe projette sur le mur. La peinture serait née du désir femme d’exorciser le manque, de conserver la trace de la présence aimée dans l’écriture des limites de l’ombre portée, autant dire la représentation du contour, non du corps, mais de la silhouette.

Il en va de même, j’imagine, pour le recueil de poésies de Faubert Bolivar intitulé Une pierre est tombée, un homme est passé par là, paru chez C3 Éditions, un éditeur haïtien :

Il y a l’ombre
Il y a la pluie qui tombe sur l’ombre
Il y a ton cœur qui bat dans l’ombre (p. 11)

une_pierre_est_tombee_faubert_bolivar-183x283Ce livre est le récit d’une genèse occulte, la voix d’une naissance confidentielle : celle de l’acte de création dont la méthode fait la part belle à l’ombre. Inspiration du geste poète, qui joue son jeu, vit par et pour elle, l’ombre est aspiration à la liberté, à la dissidence découverte en transgressant les croyances religieuses et la sagesse populaire qui la prétendent porteuse de malheur, de mort, de néant…
Continuer la lecture de « Le recueil Une pierre est tombée, un homme est passé par là de Faubert Bolivar »

Je suis vivant de Kettly Mars

De quelles destructions intimes les fous et les non-fous sont-ils le réseau de non-dit ?

bozar-bessora-kettly-mars-scholastique-mukasongaLe 14 décembre dernier, la suisso-gabonaise Bessora, l’haïtienne Kettly Mars et la rwandaise Scholastique Mukasonga étaient invitées par Bozar, à Bruxelles, dans le cadre d’une conférence intitulé Être écrivaine : des mots et des maux.

Bessora, Kettly Mars, Scholastique Mukasonga, le 14 décembre 2016, Bozar, Bruxelles
Bessora, Kettly Mars, Scholastique Mukasonga, le 14 décembre 2016, Bozar, Bruxelles
Geneviève Damas, Kettly Mars, le 14 décembre 2016, Bozar, Bruxelles
Geneviève Damas, Kettly Mars, le 14 décembre 2016, Bozar, Bruxelles

Interrogé par l’écrivaine belge Geneviève Damas, le trio a livré sa vision de la vocation d’écriture.

Une chic occasion de reparler de Kettly Mars. Dans l’article du poème Résistances, j’ai dit avoir apprécié Saisons sauvages et Fado, deux romans puissants et troubles dans lesquels elle donne corps à des figures de femmes transgressives, aussi tangibles qu’insaisissables tant la force de leurs désirs est ambivalent. Continuer la lecture de « Je suis vivant de Kettly Mars »

L’encre est ma demeure de Georges Castera

La vie en poésie résistante

georges_castera_l__encre_est_ma_demeureCher tout le monde, femmes, hommes et tant d’autres, c’est en 2010, l’année du séisme, que j’ai ramené dans mes bagages l’extraordinaire recueil L’encre est ma demeure, acheté dans la succursale de la fameuse librairie La Pléiade à Pétion-Ville. Je ne connaissais pas le poète et dessinateur haïtien Georges Castera né le 27 décembre 1936 à Port-au-Prince. C’est avouer combien je ne suis ni précoce ni attentive, car Castera est une figure majeure de l’espace littéraire haïtien, qui a mis sa plume au service de la rébellion poétique.

Dans la préface de cette anthologie à pleurer d’intelligence, dont le seul défaut est la brièveté, Lionel Trouillot écrit : Ce n’est pas une injure de dire que Castera est perçu comme le plus politique des grands poètes haïtiens et l’un des initiateurs de la modernité poétique. Dans une solitude assumée tout au long d’une quarantaine d’années d’écriture, au point de devenir exemplaire. Continuer la lecture de « L’encre est ma demeure de Georges Castera »

Amandine Gay réduit les inégalités de parole

À l’injonction : sois Noire et tais-toi ! Une jeune réalisatrice française répond : non !

Cher tout le monde, femmes, hommes et tant d’autres, il me tarde de voir le documentaire Ouvrir la voix d’Amandine Gay qui donne, deux heures durant, la parole à une vingtaine de femmes noires résidant en Belgique et en France. Des intervenantes, entre dix-huit et cinquante ans, s’y racontent et racontent leur vision du quotidien : école, travail, discriminations, sexualité, représentation de soi et des autres, prises de conscience…

amandine_gay_ouvrir_la_voix_speak_up

Continuer la lecture de « Amandine Gay réduit les inégalités de parole »