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La route 2019 sur le signe de la persévérance

Vertu des lucioles d’Aimé Césaire

« Ne pas désespérer des lucioles », Aimé Césaire

Ne pas désespérer des lucioles
je reconnais là la vertu.
les attendre les poursuivre
les guetter encore.
le rêve n’est pas de les fixer flambeaux
ni qu’elles se répondent en des lumières non froides
je suis d’ailleurs sûr que la reconversion se fait
quelque part pour tous ceux
qui n’ont jamais accepté cette stupeur de l’air

la communication par hoquets d’essentiel
j’apprécie qu’elle se fasse à tâtons
et par paroxysme
au lieu de quoi elle sombrerait inévitablement
dans l’inepte bavardage de l’ambiant marécage

Cher tout le monde, femmes, hommes et tant d’autres, en ces premiers jours de l’an du calendrier grégorien et des bonnes résolutions, pourquoi choisir ce poème d’Aimé Césaire ? Parce que la voix du grand poète et homme politique français est celle de la dissidence en quoi l’homme affirme sa singularité d’être ouvert au monde et de résistant aux oppressions et aux injustices de toutes sortes, et à l’indifférence grimée en fantôme de liberté vécue au détriment de l’autre qui n’est pas pauvre, mais appauvri.

« je suis d’ailleurs sûr que la reconversion se fait », Aimé Césaire

Où que nous soyons, il importe de donner sa chance à l’humain large, de choisir pour la qualité plutôt que la quantité, retrouver le goût de la modération, le courage de la mesure qui permet de faire juste société. L’interdépendance destructrice de la mondialisation renforce les tentations de repli, de figement mort-vivant ou d’emmurement : quant-à-soi des individus et défiance collective des peuples, çà et là, en proie à la fièvre obsidionale. Face aux logiques marâtres mauvaises conseillères réduisant toujours plus nos jours et nos nuits aux rapports de force fossoyeurs qui épuisent le monde (au sens littéral), nous n’avons plus le luxe d’être pessimistes, seulement d’inventer les innombrables sentiers mal vus du non. Un refus à la soumission synonyme d’éthique de la tolérance et d’esthétique de l’exigence, de oui à l’amour de la vie comme essentiellement vulnérable, fondamentalement incertaine et nomade ! Si dérisoire qu’elle puisse sembler, la réponse est poétique, profondément du côté nocturne de la parole créatrice et de la pensée accoucheuse de liens inclusifs, de révolutions du verbe, de déroutements des corps, de renouvellements des territoires de la réflexion et des arts…

« les attendre les poursuivre
les guetter encore. », Aimé Césaire

Soyons déplacés ! Conscients que l’incertitude est notre lot, évidence d’un mouvement constitutif dont nulle croyance carcérale ne doit nous priver de la beauté manifeste et secrète. Une beauté polychrome soutenue, au creux de l’humain qui est toujours creux au monde et à lui-même, par l’inattendu, les infinis possibles apparaissant comme les virevoltes imprévisibles des lucioles dont les petites lueurs soutiennent, au milieu de la nuit de peu d’étoiles, le sentiment d’exister du marcheur. Ainsi parle également Patrick Chamoiseau dans Frères migrants (lire ici).

La vraie bonne étoile, c’est d’être nous affectueusement

Cher tout le monde, femmes, hommes et tant d’autres, parce que la vraie bonne étoile, c’est d’être nous affectueusement, je souhaite que cette année 2019 soit enthousiasme qui se ramasse à la pelle du bout des rêves ou se cultive dans le bon malgré tout d’être les deux pieds sur terre, humains en magie d’aimer, de découvrir et de créer. On se quitte avec le chanteur, compositeur, musicien Lenny Kravitz et Let Love Rule, une chanson tirée de l’album éponyme paru en 1989 :
We got to let love rule
On doit laisser l’amour régner
Let love rule
Laisse l’amour régner