Alain Mabanckou, brillant maître de cérémonie au Collège de France

12/06/2016

By Christophe-Géraldine Métral

Penser et écrire l’Afrique aujourd’hui : un colloque historique

Cher tout le monde, femmes, hommes et tant d’autres, le 2 mai 2016, il y avait foule à ce colloque qui restera dans les annales du Collège de France et dans la mémoire de qui estime urgent d’offrir à la pensée et à l’écriture africaines la considération due aux espaces d’activité intellectuelle majeure.

Alain Mabanckou, Collège de France, Colloque Penser et écrire l’Afrique, 2 mai 2016

Le 2 mai 2016, au Collège de France, à l’instigation d’un Alain Mabanckou, très élégant, très, très sapeur en costume bleu roy, on a assisté à une épatante belle chose, un bouillonnement humain d’une vitalité intellectuelle réjouissante.

Alain Mabanckou, écrivain publié aux Éditions du Seuil et professeur au Collège de France, était très heureux d’accueillir des amis, des collègues, parmi lesquelles son ancien professeur d’université à Los Angeles…

Célestin Monga, Séverine Kodjo-Grandvaux, Lydie Moudileno, Souleymane Bachir Diagne, Alain Mabanckou, Colloque Penser et écrire l’Afrique aujourd’hui, Collège de France, 2 mai 2016

L’ambiance animée a fait dire à mon voisin d’amphi, habitué des sages bancs du Collège de France, que jamais dans cette vénérable institution, il n’avait assisté à quelque chose de si passionné. C’était digne de l’étymologie de colloque qui est un emprunt au latin, signifiant discussion, entretien, parfois même dans un sens mystérieux ou amoureux, à preuve, le poème de Paul Verlaine Colloque sentimental.

Penser et écrire l’Afrique noire s’est fait en quatre volets où, chaque fois, nous ont instruits quatre intervenants appartenant à des disciplines aussi variées que la philosophie, la littérature, la linguistique, le théâtre, la poésie, le cinéma, l’économie… 

Alain Mabanckou, Collège de France, Colloque Penser et écrire l’Afrique, 2 mai 2016

J’ai retenu qu’il est impossible de correctement penser le monde sans penser l’Afrique noire qui se pense et pense son histoire continentale immémoriale sans se limiter à la brève section des occupations coloniales.
J’ai retenu que le provincialisme de la domination du monde occidental tire à sa fin, et que cette fin n’est pas un malheur ni un déclin, mais une augmentation des possibilités de l’esprit et des visions du monde.
J’ai retenu que l’Afrique est le continent dont la qualité de l’avenir dépend des décisions présentes, cruciales pour l’humanité entière, car la démocratie restera un projet illusoire tant que la réciprocité entre l’Afrique et le reste du monde ne sera pas une priorité.
J’ai retenu que le bien-être des peuples africains est un objectif qui nous sauvera des élucubrations court-termistes menant droit dans le mur de l’épuisement des ressources naturelles.

Alain Mabanckou au Collège de France, 2 mai 2016

L’Afrique n’est pas victime de ses structures sociales défaillantes ou de l’archaïsme de ses cultures et façons de penser incapables de grimper dans le prétendu train du progrès.

L’Afrique est un immense jeune territoire dont l’actualité est moderne, aussi vaillante que celle des autres continents. Ses problèmes sont complexes, mais pas indépassables ! Il y a la toile d’araignée de l’humanitaire internationale et de ses soins palliatifs dont elle doit se dégager. Sortir de ce piège implique de lutter contre l’exploitation opportuniste des ressources naturelles, la spéculation sur des marchés agricoles vitaux, l’interventionnisme politique qui dresse les gens contre les gens… Ces propositions sont irréalistes, car morales ? Non ! Elles sont réalistes, car sensées. Et du point de vue du bon sens, bien sûr, le dialogue avec les compétences réelles de vrais cerveaux occidentaux est toujours profitable. Mais, seules les populations locales ont une expérience et une expertise du terrain, une compréhension correcte de la géographie humaine et physique, contrairement aux réponses manufacturées à des milliers de kilomètres sur la base d’indicateurs inadaptés que les bonnes consciences, gouvernementales ou non, parachutent sans aucun respect ni aucune compréhension des besoins concrets.

Alain Mabanckou, Collège de France, Colloque Penser et écrire l’Afrique, 2 mai 2016

Si le drame des Afriques noires et des Noirs dans le monde entier est une fabrication vieille de quatre cents ans, si cette fabrication est juteuse pour les intérêts privés, beaucoup moins pour le prolétariat occidental dont le destin est affecté par la dévalorisation des colonisés et néo-colonisés, si le problème est daté, il peut avoir une résolution, pourvu qu’on cesse de le penser sous l’angle de fatalité.
Qu’on le veuille ou non, le racisme sous-tendant la disqualification des Noirs africains fait partie de notre éducation. L’Occident s’est symboliquement inventé blanc dans un imaginaire en opposition avec l’Afrique noire qui a repoussé vers les populations africaines une part d’elle crainte et fantasmée. Fis de tous ces rêves qui séquestrent tout le monde ! À côté de la dérive culturelle inclinant à méconnaître l’Afrique réelle, il y a, tout de même, la dynamique démocratique, émancipatrice qui exhorte à nous opposer aux phénomènes d’oppression d’autrui. Choisissons le bon mouvement, celui du refus de l’impensé de l’Afrique noire dont le mépris rejaillit indifféremment sur l’ensemble des Noirs de la planète, que ces Noirs, si différents les uns des autres, se sentent peu ou prou Africains ou pas : le panorama dans leur tête n’importe guère à qui les incarcère dans le réduit totalitaire d’être un Noir. Cette étiquette collante, pire, indélébile, dont aucun diplôme, aucun mérite, aucun effort ne débarrasse, fait de l’Européen noir un perpétuel étranger en son lieu de naissance, d’habitation et de mort, un primo-arrivant mineur et hypersexué, alors que des Noirs sont en Europe depuis quatre siècles. Par exemple, en France, les nationaux ayant la peau foncée, sont absents des médias qui se conforment à l’image accablante, paternaliste et blessante que la majorité communautaire, entendez les Blancs, a des Noirs.

Alain Mabanckou, Collège de France, Colloque Penser et écrire l’Afrique, 2 mai 2016

Cher tout le monde, femmes, hommes et tant d’autres, le 2 mai 2016, au Collège de France, durant le colloque Penser et écrire l’Afrique noire, j’ai entendu une flopée d’écrivains, d’artistes, de philosophes que je ne connais pas citer une flopée d’écrivains et d’artistes, de philosophes dont j’ignore le nom. Et admettant, avec humilité, mon ignorance, j’ai entrevu de nouvelles destinations désormais à portée de lecture et de rencontre. Je vous en ferai part avec cette joie d’enfant que j’ai conservée lorsqu’il s’agit de dire youpi devant un terrain inconnu. Mais ne serait-ce pas l’expérience de l’exil précoce qui m’a équipée d’un cerveau d’anthropologue ?

Les vidéos du colloque sont visibles sur le site du Collège de France.

On se quitte avec l’immense Stevie Wonder et I Wanna Talk to you (1971) :
I wanna talk to you
Je veux te parler
I wanna talk to you
Je veux te parler

Hey boy don’t feel my world’s untrue
Hey gars je ne sens pas mon monde faux

Yeah, I wanna talk to you
Yeah, je veux te parler

My world can be true
Mon monde peut être vrai

I wanna talk to you
Je veux te parler

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