La Sonate à Bridgetower d’Emmanuel Dongala

De l’apparition romanesque du dédicataire fantôme

Emmanuel Dongala au salon du livre de Paris, 25 mars 2017

Cher tout le monde, femmes, hommes et tant d’autres, sept ans après Photo de groupe au bord du fleuve, Emmanuel Dongola publie La Sonate à Bridgetower.

Dans les remerciements, à la fin du livre sous-titré Sonata mulattica (comme l’est la sonate), l’auteur, né d’une mère centrafricaine et d’un père congolais, écrit que ce roman est le fruit de plusieurs années de recherches.

Le résultat ? Une fresque tirant d’un long oubli un enfant prodige qui a ébloui les mélomanes, musiciens et compositeurs de son époque : Georges Polgreen Bridgetower (1780–1860), violoniste virtuose né, à Biala en Pologne, d’une mère Polonaise et d’un père noir de la Barbade.
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Je suis vivant de Kettly Mars

De quelles destructions intimes les fous et les non-fous sont-ils le réseau de non-dit ?

bozar-bessora-kettly-mars-scholastique-mukasongaLe 14 décembre dernier, la suisso-gabonaise Bessora, l’haïtienne Kettly Mars et la rwandaise Scholastique Mukasonga étaient invitées par Bozar, à Bruxelles, dans le cadre d’une conférence intitulé Être écrivaine : des mots et des maux.

Bessora, Kettly Mars, Scholastique Mukasonga, le 14 décembre 2016, Bozar, Bruxelles
Bessora, Kettly Mars, Scholastique Mukasonga, le 14 décembre 2016, Bozar, Bruxelles
Geneviève Damas, Kettly Mars, le 14 décembre 2016, Bozar, Bruxelles
Geneviève Damas, Kettly Mars, le 14 décembre 2016, Bozar, Bruxelles

Interrogé par l’écrivaine belge Geneviève Damas, le trio a livré sa vision de la vocation d’écriture.

Une chic occasion de reparler de Kettly Mars. Dans l’article du poème Résistances, j’ai dit avoir apprécié Saisons sauvages et Fado, deux romans puissants et troubles dans lesquels elle donne corps à des figures de femmes transgressives, aussi tangibles qu’insaisissables tant la force de leurs désirs est ambivalent. Continuer la lecture de « Je suis vivant de Kettly Mars »

Des années d’insignifiance de Nathalie Gassel

Écrire le Sang d’encre indélébile de l’enfance-enfer

Nathalie Gassel – Des années d'insignifiance, éditions Luce Wilquin, 2006
Nathalie Gassel – Des années d’insignifiance, éditions Luce Wilquin, 2006

Au début était l’enfer ! C’est ainsi que je vois l’enfance. (p. 9)

L'écrivaine Nathalie Gassel enfant, nathaliegassel.e-monsite.com
L’écrivaine Nathalie Gassel enfant, nathaliegassel.e-monsite.com

Cher tout le monde, femmes, hommes et tant d’autres, dans Des années d’insignifiance, d’emblée l’état d’esprit est donné. Pas question de la nostalgie du prime âge insouciant, mais de l’horreur de la damnation familiale où l’impossibilité d’aimer le dispute à l’impossibilité de communiquer : les petites années sont le puits profond du pas grand-chose. Continuer la lecture de « Des années d’insignifiance de Nathalie Gassel »

Veronica Franco, prostituée et poétesse

la cortigiana onesta ou couRtisane vénitienne

Veronica Franco par Le Tintoret, 1575, Worcester Art Museum, Worcester, Massachusetts
Veronica Franco par Le Tintoret, 1575, Worcester Art Museum, Worcester, Massachusetts

Une femme de lettre qui se prostitue et défend ses consœurs ? Comment ne pas penser à Grisédélis Réal ? Continuer la lecture de « Veronica Franco, prostituée et poétesse »

L’arbre aux lucioles

Lee Jeong Lok Nabi-34, 2015
Lee Jeong Lok Nabi-34, 2015

L’arbre aux lucioles

Plus tard, ils ont entendu le glouglou d’un torrent, au fond d’une ravine, au milieu d’un boqueteau. Un sentier avec des pierres plates en escalier et une succession d’arbres au tronc lisse et glissant d’avoir servi de rampe permettaient d’y descendre sans encombre. Le bord du ruisseau était tapissé de galets couleur d’albâtre et l’eau glacée, bue à petites gorgées, si bonne à la bouche, son odeur délicieuse. Alentour, dans le rideau de roseaux, d’invisibles grenouilles coassaient.
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Premier contact avec la folie

Les vagabonds sans trêves sont un espace de non-exclusion de la folie

Carl Spitzweg, The Bookworm, Museum Georg Schäfer
Carl Spitzweg, The Bookworm, Museum Georg Schäfer

Aussi vrai que chaque lecture apporte une nouvelle vision d’un roman, mon regard sur la folie n’a cessé d’évoluer avec le temps et l’expérience. J’ai à cœur d’affirmer à quel point cette réalité m’importe et quelle dette d’être conscient, compatissant, curieux de comprendre, je lui dois. Mais ceci est le bilan d’un long cheminement inachevé dont le point de départ enfantin était tout de même lourd d’effroi.

 

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En quoi Jane Eyre a tant compté pour moi ?

C’est l’année du deux centième ANNIVERSAIRE de la naissance de Charlotte Brontë

J. H. Thompson, Portrait de Charlotte Brontë, Brontë Parsonage Museum
J. H. Thompson, Portrait de Charlotte Brontë, Brontë Parsonage Museum

Les Anglais célèbrent en grande pompe l’anniversaire de la romancière et poétesse qui a écrit Jane Eyre, donc Charlotte Brontë dont la sœur Émilie est, tout de même, l’auteur du classique Les Hauts de Hurlement. Tout ça me rappelle ma découverte de Jane Eyre.

Jane Eyre, couverture d'une édition Penguin
Jane Eyre, couverture d’une édition Penguin

Quelle rencontre aussi hasardeuse que décisive ! Cependant, dans le roman, c’est le mystérieux personnage de l’épouse folle de monsieur Rochester qui me permet, enfin, de déposer le mot de folie sur le comportement singulier de la mère bio.
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Dis, papa, qui est saint Nicolas ?

Les apprentissages fabuleux

Voici un extrait d’un projet de roman intitulé Les fictions schizoriginelles et, en gros, pour vous donner un repère chronologique, une semaine de grippe fébrile s’est écoulée depuis mon arrivée en Belgique :

Christophe-Géraldine découvre saint Nicolas
Christophe-Géraldine découvre saint Nicolas

Le surlendemain de la fin de la fièvre féerique, Géraldine avait découvert son école. À part les craies, comme tout est nouveau : institutrice, écoliers, prénoms, vêtements, même le tableau noir qui est vert, perplexe, elle examine tout en grelottant malgré son manteau qu’on lui permet de garder.  Continuer la lecture de « Dis, papa, qui est saint Nicolas ? »

Belle de nuit : Grisélidis Réal Autoportraits de Marie-Eve de Grave

Grisélidis Réal la putain artiste ou catin révolutionnaire

Affiche du film documentaire Belle de nuit - Grisélidis Réal Autoportrait
Affiche du film documentaire Belle de nuit – Grisélidis Réal Autoportrait

Cher tout le monde, femmes, hommes et tant d’autres, belle de nuit et d’envies, Grisélidis Réal est entrée en prostitution comme on entre en insurrection.

Après-guerre, à Munich, elle fait ce qui ne se peut pas, quand on est jeune fille de bonne famille. 

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À quel âge avez-vous rencontré vos parents ?

La découverte des parents et du nouveau monde du vieux continent

CGM02À l’aéroport de Bruxelles-Zaventem, oh, les roux ne sont pas toujours des petits gnomes !

Christophe s’étonne lorsqu’un grand monsieur roux l’entraîne gentiment par la main.
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Comment j’ai quitté Haïti, vu NY, NY USA et traversé l’Atlantique

CGM01Le voyage extraordinaire

Mon premier passeport était haïtien
Mon premier passeport était haïtien

J’ai six ans et demi et je ne suis pas nombreuse dans la tête, juste Christophe et les babilleuses voix infans de la prime triplette créole : Zoé, Inome, Génésia, au moment de l’il était une fois ludiquement normal du voyage extraordinaire, où, en donnant la main à une hôtesse, j’embarque à l’aéroport François Duvalier de Port-au-Prince. Continuer la lecture de « Comment j’ai quitté Haïti, vu NY, NY USA et traversé l’Atlantique »