invités vagabonds

Allégorie d’un exil intérieur de Guy Alexandre Sounda

Le cas de Fabius Mortimer Bartoza, antihéros du roman Confessions d’une sardine sans tête

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Guy Alexandre Souda, École normale de la rue d’Ulm, Indiscipline des monstres, journée d’études tératologiques organisé par le séminaire Afriques transversales, 7 octobre 2017

Exposé de Guy Alexandre Souda présenté lors de la journée d’études tératologiques, intitulée Indiscipline des monstres, du séminaire Afriques Transversales à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm :

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J’ai toujours pensé que l’exil intérieur est à la fois un moment et une contrée. Un moment de rupture avec soi-même et avec les autres, de fuite dans l’imaginaire. Et une contrée habitée par le tourment où s’opèrent des métamorphoses et naissent des questionnements. L’homme se découvre d’autres manières de voir la société, invente de nouvelles attaches avec le monde et réaménage son propre espace de vie et même de mort. L’exil intérieur est ce coin sacré que je situe au plus profond de nous, quelque part entre la foi et la pensée, où respirent nos monstres et résonne la vraie voix de l’enfant.

Dans mes écrits, il n’est question que de cet espace-là, magique et impétueux, où les personnages descendent à bras le corps pour mieux revenir sur terre. Une sorte de descente aux enchères de la vie, pendant laquelle ils apprivoisent leurs vrais monstres, franchissent des frontières que d’ordinaire ils ne font que considérer de loin. Le tourment prend alors une dimension éminente : il induit le doute, implique la métamorphose, fait de notre moi une demeure emplie d’énergies profondes. Des portes et des yeux s’ouvrent sur l’ailleurs.

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Confessions d’une sardine sans tête sont la résultante de mon moi consolidé par le tourment, une perspective narrative issue d’un double mouvement d’aller et retour entre la spéculation sur le patent et la fabrication des possibles, entre mon point de départ brazzavillois et mon point d’ancrage parisien. Au-delà des images que ce roman nous donnerait à voir, il faudrait les voir comme des rides de mes voyages dans les profondeurs, les miennes et celles des autres. Une façon d’indiquer que l’on ne comprend mieux les gens qu’après avoir scruté leurs abîmes et écouté à fond leurs chants.

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Guy Alexandre Souda lisant un extrait des Confessions d’une sardine sans tête, École normale, rue d’Ulm, Indiscipline des monstres, séminaire Afriques transversales, 7 octobre 2017

C’est entre ces abîmes et ces chants, qui marquent nos limites et nos fragilités, que l’on entend l’écho des monstres. Et donc, pourrais-je dire, la démarche que l’on effectue pour entrer ou descendre au fond de soi induit une réflexion paradoxale sur les limites de la réalité et de l’imaginaire. Les limites de la société et du ciel vers lequel tendent tous nos rêves. Le ciel ici prend une signification cathartique, sorte de paradis implicite où notre vie aurait plus de couleurs et moins de douleurs. Cette descente en soi pourrait ainsi réveiller les monstres assoupis, déclencher les possibilités de monstruosité de l’être humain. À la question de savoir si l’exil intérieur, comme je l’entends et que dans mon écriture elle se révèle, est un processus à travers lequel naissent les monstres et remontent à nous nos propres chaos, je serais tenté de répondre oui. Le chaos est avant tout un vacarme intérieur avant qu’il ne devienne cette somme de rugissements externes qui bousculent les mœurs et les cœurs sans jeu de mots. Le chaos est l’ami du monstre et celui-ci brandit à cors et à cri la transgression aux yeux de la société qui s’en trouvera par ce fait ébranlée.

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Guy Alexandre Souda, École normale de la rue d’Ulm, Indiscipline des monstres, Afriques transversales, 7 octobre 2017

J’ai lu dans un dossier pédagogique publié par Gallimard que « Le monstre permet d’identifier les frontières, de les redessiner ou de le dépasser ». Sur ce point, Fabius Mortimer Bartoza, le personnage principal de mon roman, apparaît un monstre à double facette : une par laquelle on le traite de monstre immonde et l’autre à travers laquelle on le voit comme un monstre qui dénonce. Il est né avec un gros point au milieu du front. Un gros point noir que certains dans le quartier ont vu comme le signe d’une poisse à venir. Mais encore plus : il est né avec un cri pas ordinaire, qui avait semblé provenir de la gorge d’un cheval furieux ou d’entre les pierres brûlantes et les tôles froissées. Fabius Mortimer Bartoza le décrit lui-même dans le chapitre 9 intitulé Une guigne au milieu du front. Il paraît que « sans le monstre impossible de définir le genre humain et sans l’anomalie impossible de définir la norme ». C’est donc par son gros point noir et son cri perçant que le personnage de mon roman viendra au monde et par ces mêmes signes qu’il descendra au fond de lui pour interroger ses propres ténèbres et renaître différemment. La première facette de sa monstruosité est physique : ce gros point noir planté tout au milieu du front suscite de vives réactions dans le quartier. Il apparaît pour les uns comme une horrible anomalie à gommer à tout prix et pour les autres une énigme qu’il s’agit de déchiffrer, de comprendre. La deuxième facette de la monstruosité est par contre intérieure : la mort brusque de son père et la folie de sa mère le conduisent à se recroqueviller sur lui-même, à s’exiler dans son monde intérieur. Un monde absolument douloureux nourri par ses propres peurs et ses propres tourments. De cet exil il sortira en monstre-miroir absolument porté par le crime et le rhum. Je dis « monstre-miroir », car ses actes donnent à voir les perfidies de la société et les diverses intériorités de l’homme. Intériorités bonnes ou viciées. Fabius Mortimer Bartoza figure le mal et met en lumière le fameux enfant intérieur qui gît en chacun de nous, le monstre qui dort en attendant son heure.

En conclusion, je pourrais résumer Fabius Mortimer Bartoza comme l’exil d’une âme dans un monde qui va de plus en plus mal, la violente métamorphose d’un homme qui rêvait de beaux effluves de printemps, mais n’a trouvé sur son chemin que des odeurs de cloaque. Il est ainsi devenu un monstre quasi malgré lui et en dépit des bonnes intentions qui l’animaient. Un monstre de la colère dont les nombreux actes transgressifs sont autant d’occasions de surprise et de questionnement.

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Le dramaturge, poète, conteur et enseignant Guy Alexandre Sounda a reçu le Prix Éthiophile 2017 (lire ici) pour son roman Confessions d’une sardine sans tête. Ce roman, dont le blog parle ici, est paru aux Éditions sur le fil. Retrouvez  l’entretien avec Guy Alexandre Souda, en vagabond expert, dans un exercice de décryptage des enjeux de la représentation des Noirs et des Blancs.

Cher tout le monde, femmes, hommes et tant d’autres, on se quitte avec Man in the mirror de Michael Jackson en qui certains ont vu un monstre et beaucoup d’autres un miroir. Peut-être est-il aussi un monstre-miroir ? Un fabuleux monstre sacré et singulier reflet de l’humanité :
I’m starting with the man in the mirror
Je commence avec l’homme dans le miroir
I’m asking him to change his ways
Je lui demande de changer ses habitudes
And no message could have been any clearer :
Et aucuns messages n’aurait pu être plus clair :
If you wanna make the world a better place
Si tu veux faire du monde un endroit meilleur
Take a look at yourself and then make a change !
Jette un oeil sur toi même et change !