Je suis vivant de Kettly Mars

De quelles destructions intimes les fous et les non-fous sont-ils le réseau de non-dit ?

bozar-bessora-kettly-mars-scholastique-mukasongaLe 14 décembre dernier, la suisso-gabonaise Bessora, l’haïtienne Kettly Mars et la rwandaise Scholastique Mukasonga étaient invitées par Bozar, à Bruxelles, dans le cadre d’une conférence intitulé Être écrivaine : des mots et des maux.

Bessora, Kettly Mars, Scholastique Mukasonga, le 14 décembre 2016, Bozar, Bruxelles
Bessora, Kettly Mars, Scholastique Mukasonga, le 14 décembre 2016, Bozar, Bruxelles
Geneviève Damas, Kettly Mars, le 14 décembre 2016, Bozar, Bruxelles
Geneviève Damas, Kettly Mars, le 14 décembre 2016, Bozar, Bruxelles

Interrogé par l’écrivaine belge Geneviève Damas, le trio a livré sa vision de la vocation d’écriture.

Une chic occasion de reparler de Kettly Mars. Dans l’article du poème Résistances, j’ai dit avoir apprécié Saisons sauvages et Fado, deux romans puissants et troubles dans lesquels elle donne corps à des figures de femmes transgressives, aussi tangibles qu’insaisissables tant la force de leurs désirs est ambivalent. Continuer la lecture de « Je suis vivant de Kettly Mars »

L’encre est ma demeure de Georges Castera

La vie en poésie résistante

georges_castera_l__encre_est_ma_demeureCher tout le monde, femmes, hommes et tant d’autres, c’est en 2010, l’année du séisme, que j’ai ramené dans mes bagages l’extraordinaire recueil L’encre est ma demeure, acheté dans la succursale de la fameuse librairie La Pléiade à Pétion-Ville. Je ne connaissais pas le poète et dessinateur haïtien Georges Castera né le 27 décembre 1936 à Port-au-Prince. C’est avouer combien je ne suis ni précoce ni attentive, car Castera est une figure majeure de l’espace littéraire haïtien, qui a mis sa plume au service de la rébellion poétique.

Dans la préface de cette anthologie à pleurer d’intelligence, dont le seul défaut est la brièveté, Lionel Trouillot écrit : Ce n’est pas une injure de dire que Castera est perçu comme le plus politique des grands poètes haïtiens et l’un des initiateurs de la modernité poétique. Dans une solitude assumée tout au long d’une quarantaine d’années d’écriture, au point de devenir exemplaire. Continuer la lecture de « L’encre est ma demeure de Georges Castera »

Amandine Gay réduit les inégalités de parole

À l’injonction : sois Noire et tais-toi ! Une jeune réalisatrice française répond : non !

Cher tout le monde, femmes, hommes et tant d’autres, il me tarde de voir le documentaire Ouvrir la voix d’Amandine Gay qui donne, deux heures durant, la parole à une vingtaine de femmes noires résidant en Belgique et en France. Des intervenantes, entre dix-huit et cinquante ans, s’y racontent et racontent leur vision du quotidien : école, travail, discriminations, sexualité, représentation de soi et des autres, prises de conscience…

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Qu’est-ce que la sensure de Bernard Noël ?

De l’outrage aux bonnes mœurs à l’outrage aux mots

Bernard Noël a reçu le Grand Prix de Poésie de l’Académie française 2016 pour l’ensemble de son œuvre poétique. C’est l’occasion de revenir sur Le Château de Cène et la notion de sensure qu’il a forgée suite au procès pour outrage aux bonnes mœurs. 

Sandro Botticelli, La Naissance de Vénus, Galerie des Offices, Florence, commons.wikimedia.org
Sandro Botticelli, La Naissance de Vénus, Galerie des Offices, Florence, commons.wikimedia.org

« Belle à en mourir : quelqu’une vous at-t-elle un jour arraché ces mots ? L’absolu marchait vers nous enveloppé d’une chevelure rousse ; il avait un visage à réveiller les dieux et des seins qui mettaient de l’intelligence dans nos mains. Le triangle bouclé était le point de gravité de ce corps, que chaque pas rendait plus admirable, car sa démarche accentuait sa grâce en l’accordant à l’air, à la nuit. La beauté à ce comble est à la fois si vive et si entière qu’elle se propage ; soudain le monde change, ou bien l’œil voit le fond, et l’harmonie n’est plus un mot. » Bernard Noël, Le Château de Cène, pages 16-17, éditions Jean-Jacques Pauvert, 1975. Continuer la lecture de « Qu’est-ce que la sensure de Bernard Noël ? »

Où n’est pas entendu le parent conscient des discriminations

Voir, ou ne pas voir, telle est la question de la conscience sociale

Stik, Street artist, Londres

Cher tout le monde, femmes, hommes et tant d’autres, ça se passe en 2010, à Bruxelles, dans une famille belgo-française. Appelons Liberté la mère qui a la peau et les cheveux clairs, Fraternité le père à la peau foncée, Égalité leur mignonne fillette métisse de deux ans. Continuer la lecture de « Où n’est pas entendu le parent conscient des discriminations »